The length - Grodek - The Ark - Les algues maléfiques

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The length - Grodek - The Ark - Les algues maléfiques

Synopsis

(The lenght)
Les œuvres de Minia Biabiany (films, installations, sculptures) s’ancrent dans son expérience de femme guadeloupéenne. Elle revendique un travail situé. Ici ce sont des histoires imbriquées, avec l’eau comme élément et les océans comme espace porteur d’une mémoire qu’elle interroge, depuis la Guadeloupe, terre marquée par l’esclavage et la colonisation. Comme énoncé au détour d’une des phrases qui s’impriment sur l’image et qui ponctuent le film, la mer « a un goût d’ancêtres ». Mer chargée d’Histoire, Atlantique noir, pour reprendre le titre éloquent de Paul Gilroy. De cette histoire, il s’agit d’honorer les fantômes. Ainsi se déploie ce film-poème où perception et imagination « sont les mêmes ». Sans démonstration, Minia Biabiany s’empare de ces paradoxes pour en faire l’enjeu du film, jouant avec les renversements qu’elle opère, réels ou métaphoriques, du dessus au-dessous, des sons au silence, du visible à l’invisible. Le silence fait l’étoffe première et singulière du film, silence qui serait celui des océans, des morts, et de l’Histoire. Touche après touche, Minia Biabiany esquisse ces multiples strates par des plans chargés d’une intensité mutique, énigmatique et sensorielle. Ce parti pris est renforcé par le déplacement du point de vue, où insectes, plantes et humains entrent en échos dans un monde commun. On retrouve ces connexions à l’œuvre dans les magnifiques images dessinées à la craie sur tableau noir, qui semblent répondre aux gestes de préparation d’un kwi, récipient traditionnel. L’arrimage de fragments lacunaires qui constituent le film prolonge un jeu d’échos et de transmission, afin de renouer avec « les lignes rompues de l’histoire ». Ce fil ténu est rendu possible par l’extension du regard au-delà du visible, comme nous y invite le titre.
(Nicolas Feodoroff)

Grodek : c’est le nom d’une des premières boucheries de la Première Guerre mondiale, en septembre 1914, entre les armées russe et austro-hongroise. Engagé comme infirmier, témoin du carnage, le poète autrichien Georg Trakl avait tenté de se suicider pour échapper aux hurlements des soldats blessés – avant de mourir trois mois plus tard, précocement dément, à 27 ans. Grodek fut son dernier poème. Sa concision en fait l’une des plus terribles visions des horreurs de la guerre. De ce cri rouge et noir, le film de Devin Horan est la saisissante traduction filmique. « Mais en silence s’amasse sur les pâtures du val / Nuée rouge qu’habite un dieu en courroux / Le sang versé, froid lunaire ; / Toutes les routes débouchent dans la pourriture noire. » Au lieu de donner à entendre le poème, le cinéaste le transpose en un agencement d’images, textes et musiques qui retrouve la fulgurante densité des vers de Trakl. L’articulation du cinéma et de la peinture tend un arc entre deux paysages que tout oppose, de l’image pré-impressionniste d’une nature intouchée (Courbet) à la vision expressionniste d’un cosmos aux couleurs saturées par la violence et les passions humaines (Nolde). Rouge et noir : du paysage tourmenté émerge le visage de Trakl, dans un autoportrait peint avec les mêmes couleurs de sang et de nuit. Rouge et noir encore le long plan d’un soleil qui se couche et disparaît dans les nuées, tandis qu’une voix récite deux textes, de Dostoïevski et de Bataille, faisant le même constat d’une humanité vouée à l’autodestruction. Aux soldats des tranchées de 1914 en ouverture répond, à la fin du cinépoème, l’image terriblement contemporaine de deux soldats morts en Ukraine, face contre terre dans une mare de sang. En à peine neuf minutes, c’est la plus salutaire leçon d’histoire.
(Cyril Neyrat)


(The ark)
Sous l’arche inachevée d’un bâtiment désaffecté, Amira Louadah a réuni un groupe de sportifs reliés par l’usage de leurs poings, qui se fait appeler « la faction des 300 », d’après le blockbuster viriliste de Zac Snyder. L’architecture élancée des piliers de béton nus, plantés au milieu du désert, confère au lieu une sorte de sacré, à mi-chemin entre les monolithes de Richard Serra et les dolmens de Stonehenge. La trivialité des gants de boxe et des t-shirts sales saisis en gros plans le dispute cependant à la solennité hollywoodienne et mythologique du paysage minéral, ouvrant au loin sur une ville. Nous ne saurons rien de ces hommes si ce n’est qu’ils forment une équipe et qu’ils partagent le soin d’entraîner leur corps. On salue ici tout l’art d’Amira Louadah de s’emparer du cinéma pour subvertir un espace prosaïque (une salle de sport) et le reconfigurer, dans une grande économie de moyens, en ultime refuge. L’Arche propose une opération de transposition : leurs corps de boxeur performés deviennent des corps guerriers dans le cœur du récit. En effet, en quelques éléments (musique, valeurs de plans, voix off), la réalisatrice opère une mue du réel et construit une fiction spéculative dystopique aussi brève qu’efficace. Mehdi, le coach, entraîne ses hommes à un combat final à venir contre un ennemi sans visage. L’Algérie d’aujourd’hui devient le théâtre d’un monde de demain cauchemardesque, décrit en deux cartons, brossé en peu de plans tournés au téléphone portable. L’Arche concentre dans la dureté des pierres et la poussière du paysage toute la dramaturgie des grands récits d’effondrements écologiques et politiques. Le drapeau national algérien hissé dans un mouvement final, porté par le lyrisme du compositeur estonien Arvo Pärt, flotte dans l’équivocité d’un symbole pouvant signifier tout autant l’unité que la scission, la fin d’un temps et le recommencement.
(Claire Lasolle)

(les algues)
Un scientifique en combinaison jaune fait des prélèvements d’algues vertes sur une plage bretonne. Soulevant son masque, il tombe raide mort. Panique au village : il n’est pas le premier à disparaître et la municipalité soupçonne à raison les algues toxiques. Pas question pour autant de menacer le tourisme ou d’accuser l’agriculture intensive de cette maléfique invasion. Le maire préfère suspecter les « bobos » parisiens qui louent le Airbnb en bord de plage. Mais il suffit d’une grande marée pour que les disparus resurgissent du tapis d’algues, version zombie. À partir de là, bien sûr, tout dégénère. Parodie hédoniste des films gore et politiques de Romero, Les algues maléfiques pousse à fond les manettes de la satire et du potache. Personne n’échappe à la fureur zombie, mais rien ne résiste non plus à la puissance de feu anticonformiste, anarchisante de l’auteur de La Fille du 14 juillet et des Rendez-vous du samedi (FID 2021) : ni la politique locale et ses veuleries, ni le prêt-à-penser des trentenaires parisiens. Parmi ceux-ci, Muppet se distingue. Laborantine amateure, elle se découvre un super pouvoir qui loge dans sa poitrine une arme fatale. Flasher les zombies : il fallait y penser. Auteur et réalisateur de cette joyeuse farce bigoudène, Antonin Peretjatko ne semble s’être donné d’autre principe que son plaisir. Et le nôtre, total – à condition de bien vouloir jouer le jeu (de massacre).
(Cyril Neyrat)

Feuille technique

Date et heure
lundi

11 juillet 2022

16:00 17:15 Europe/Paris
Lieu

Les Variétés 5

37, rue Vincent Scotto
Marseille 13001
--Les Variétés 5--
Obtenez la direction
Organisé par

FIDMarseille

lucdouzon@fidmarseille.org
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